Métier : Antiquaire ``Ça se raconte…2

2010-09-24 23:52:42

 

2010-09-24 23:52:42

Métier : Antiquaire

``Ça se raconte…       

Journée en campagne... journée de surprise...

 

Me voici aujourd’hui sur le chemin du Nord.

          Petite maison victorienne basse, grise,entourée d’arbres et de longs herbages, où ressemblant à des fleurs, des machines agricoles ancestrales rouges apparaissent un peu partout. Au chemin, une large barrière de métal, fermée que je traverse pour me rendre à la porte arrière de cette maison, pas de chien, tout va bien: la porte s’entrouvre. Toujours la même question : Antiquités à vendre? Vieilles télés qui fonctionnent ou pas, à vendre ? En plus de me présenter comme le fils d’Alfred, celui-ci connu dans la région.

          Sur ces derniers mots, sortant de derrière la porte à moustiquaire, un phénomène apparaît … énorme, habillé d’une robe qui ressemble étrangement à une poche de patates, les cheveux tout ébouriffés, la figure couverte de piqûres de poux,des bottes trop grandes bourrées de paille. Elle m'annonce qu'elle est une cousine de la "fesse gauche?" Wow ! quelle famille !… Oups! Je décolle de terre, sans le vouloir… tiré par une main de fer, pour me retrouver sans avoir eu le temps de  réagir, aux  lèvres de cet ogre. Avec un haut le coeur devant cette haleine odorante, je retombe enfin sur mes pieds, dégoûté devant une rangée de dents pourries, que son sourire me dévoile. Dans la cuisine, je suis présenté à son charmant frère, assis et recourbé sur lui-même, me regardant sans émotion, déconnecté … tout en mangeant une tarte avec un couteau sale. Sur la table couverte de merde de poules séchée, un spectaculaire sucrier de marbre gris vert… un phénomène ! 

          À gauche, un fauteuil à haut peigne d'esprit Windsor américain, dessus, des journaux poussiéreux semblent partie prenante du fauteuil, séchés là depuis longtemps. Ce fauteuil et les trois chaises autour de la table forment un ensemble rare à piétement très évasé, siège creusé en rond, dossiers étroits à la base pour finir en large éventail. Des spécimens de rêve pour collectionneur averti. Toujours vers la gauche le long du mur, l’escalier victorien, d`un beau brun foncé virant au miel clair aux endroits usés, escalier où l`on peut cueillir des œufs frais chaque matin, les poules y ayant fait leurs nids. L'une d’elles semble même en train de couver. De l’autre côté de la cuisine. Un majestueux poêle à bois en fonte noire. Pour finir le décor, un veau … oui un veau… un vrai veau, sur un peu de paille et quelques excréments… L’odeur est gênante même pour un garçon de ferme. 

          Je reviens à notre demoiselle qui prend de l`eau avec une longue louche de granit dans une chaudière sur le comptoir de l’armoire de cuisine; elle recrache le tout dans cette même chaudière à la paroi couverte de mousse verte et refait le geste à plusieurs reprises me regardant comme un vautour épie sa proie. Attention ! … Je retiens mes émotions, un sourire calme et chaleureux est de mise, si je ne veux pas ressortir sans toucher terre. Cette femme ne sait sûrement pas lire dans un livre … mais sur un visage, oui … Ne prenons pas de chance.

          Si tous ces trésors sont encore là, c'est que ces gens ne se départissent pas facilement de leurs biens.  Alors, pour l'amadouer je parle de ma famille ou plutôt de notre famille commune. Chose sûre, elle connaît tous mes oncles, mes tantes, et même les plus vieux de mes frères et sœurs. Après un certain temps … sur la pointe des pieds, je reviens sur la question cruciale:  j'aime et je collectionne les vieilles choses. Je me fais « ratoureux » lui disant mon désir d’acquérir certains objets ayant pour moi une valeur sentimentale familiale.Visant deux objets, en premier lieu le fauteuil qui ne semble être utilisé que pour de vieux journaux et le fameux sucrier en marbre, gros comme une soupière de centre de table. Les deux se regardent… je sors un billet de cent dollars … ouf! … un regard approbateur et un sourire me confirment que c'est gagné pour le fauteuil, mais… pour le sucrier : problème… Je suis "tout yeux tout oreille,"…  Au dire de notre demoiselle, celui-ci fait partie d`un ensemble de 12 couverts.

          Aucun problème ! Je suis acheteur pour le set complet… Quel est votre prix ? Mais je vois un autre problème…  Le reste du set étant dans une chambre derrière le veau, je fais un seul pas en cette direction… qui fait quasi basculer le bon déroulement des négociations. Notre demoiselle toujours aussi vive a déjà poussé le veau,  claqué la porte … disant ne pas avoir encore fait le ménage… Et malgré une bonne heure de pourparlers, pas moyen de passer cette porte qui donne sur un monde semble-t-'il mystérieux… La demoiselle éreintée par mon ardeur insistante à voir ce set de vaisselle à tout prix, celle –ci me fit finalement comprendre que ces dix dernières années n`ayant pas payé ses taxes de vidanges, l’éboueur ne les ayant pas ramassées, elle les déposait dans cette pièce… raison pour laquelle le set de vaisselle n`était pas accessible, se retrouvant derrière le tout...

          Mon chien est mort … impossible pour quiconque de récupérer ces couverts ! Déboussolé, je mets fin à ma conquête du Graal et avec un grand soupir, sourire et grand merci, je quitte avec le fameux fauteuil à peigne, leur demandant la permission de repasser dans un autre temps pour leur dire le bonjour et faire plus ample connaissance. Tout le monde est heureux, et je retourne à mon camion laissé au bord de la route.

          Bizarre ! Certains voisins curieux, semblent n’avoir rien d’autre à faire que d’épier mes déplacements. Je décolle lentement pour reprendre la route, mais un voisin me fait signe d’arrêter. Je pense qu’il veut peut- être me vendre quelque chose m’ayant vu ressortir avec mon fauteuil de chez son voisin.

          Bonjour monsieur ! Quelque chose à vendre ? "Pantoute mon gars," mais curieux … comment as-tu pu entrer et  passer autant de temps chez mon voisin, et tu ressors avec cette chaise … Les derniers visiteurs eux sont ressortis un fusil bien chargé au cul. Dangereux et pas à moitié, ils ne parlent à personne, ils sont sauvages comme dix. Me trouvant encore plus chanceux, je souris et lui dis d’un air sûr de moi, ben… c’est ma famille monsieur, ma famille, ma cousine chérie...

          Étant donné la propreté des lieux … et même si ce fauteuil est un trésor, il peut abriter une colonie de poux, puces et bestioles de toutes sortes: c'est pourquoi je le place dans un immense sac vert dans lequel je vaporise une grosse boîte de raid … Je me déshabille et fait de même avec mes vêtements .

          Après un certain temps et ça, à deux trois reprises, je me suis réessayé d’acheter le reste des chaises de cette maison, mais sans aucun succès… Finalement ce fauteuil prit le chemin d`un bon collectionneur de la région, espérant qu'il l'appréciera à sa juste valeur.

Ben le bonjour et j espère que mon histoire, vous aura donné une idée de certaines vérités de la vie d`un rabatteur,

©Copyright 2010, Antiques Réjean Brunet, tous droits réservés.

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